Quand la cuisine devient un pont entre les cultures : un banquet levantin avec les élèves du lycée Émiland Gauthey
Introduction
Au printemps 2026, L’Orient des Délices a eu le plaisir d’accueillir au restaurant un groupe d’élèves du lycée Émiland Gauthey de Chalon-sur-Saône, accompagné par leurs professeurs et par des membres de l’AFPS71.
Ce repas s’inscrivait dans la continuité d’un projet pédagogique plus large, mené autour de l’ouverture au monde, de la solidarité et de la découverte culturelle. Quelques jours plus tôt, les élèves avaient notamment échangé en visioconférence avec l’association palestinienne Alrowwad Cultural and Arts Society, située dans le camp d’Aida, près de Bethléem. Ce moment a été raconté par Info Chalon dans un article consacré au projet.
Après les mots, les images et les échanges, il y a eu la table. Et c’est là que nous sommes intervenus, avec Rouba en cuisine, Chamsy au service, et un banquet levantin dressé pour les élèves et leurs accompagnateurs.
Un projet pédagogique ouvert sur Bethléem
Le projet des élèves de Terminale CAP du lycée Émiland Gauthey s’inscrivait dans le cadre du dispositif Tandems Solidaires, en partenariat avec l’Association France Palestine Solidarité de Chalon-sur-Saône, avec le soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
L’échange organisé avec Bethléem a permis aux élèves de découvrir le travail d’Alrowwad Cultural and Arts Society, une association palestinienne engagée dans l’éducation, la culture, le théâtre, la danse, les ateliers numériques et les actions auprès des jeunes.
Ce type de rencontre a une grande valeur. Il permet de sortir des images lointaines, des grands discours et des idées toutes faites. On découvre des personnes, des voix, des visages, des projets, des jeunes qui apprennent, qui créent, qui racontent leur quotidien.
La cuisine ne remplace pas cet échange. Mais elle peut le prolonger. Elle donne une autre manière de comprendre une région : par les plats, les parfums, les gestes, les mots que l’on explique autour de la table.
Un banquet levantin au restaurant
La dégustation a eu lieu directement chez L’Orient des Délices, place de Beaune à Chalon-sur-Saône. Pour l’occasion, nous avons dressé un banquet pour une quinzaine d’élèves et leurs accompagnateurs.
Rouba et Chamsy ont préparé et servi le repas. Nous voulions que ce moment reste simple, généreux et vivant. Pas une démonstration figée, pas un repas où l’on mange sans comprendre, mais une table où l’on peut goûter, poser des questions, comparer les saveurs, découvrir ce que l’on ne connaît pas encore.
C’est exactement l’esprit que nous aimons défendre dans notre billet sur la générosité au Levant : recevoir, ce n’est pas seulement remplir une assiette. C’est aussi expliquer, accompagner, faire découvrir, et parfois insister un peu pour que tout le monde goûte. Avec des lycéens, il faut parfois insister juste ce qu’il faut. Trop, et on devient suspect. Pas assez, et les falafels partent quand même.
Le lycée a ensuite publié un retour sur ce repas dans un article intitulé “Un voyage convivial aux saveurs du Moyen-Orient”, en soulignant la découverte de nouvelles saveurs et le moment convivial partagé avec les élèves.
Des mezzés pour commencer le voyage
Le banquet a commencé par un assortiment de mezzés. C’est souvent la meilleure porte d’entrée dans la cuisine levantine : plusieurs petites assiettes, plusieurs textures, plusieurs goûts, et cette idée très simple que l’on découvre mieux quand on partage.
Les élèves ont pu goûter plusieurs préparations autour des pois chiches, des aubergines et des feuilles de vigne.
Il y avait notamment du hummus, cette purée de pois chiches, tahina, citron et huile d’olive que l’on retrouve dans une grande partie du Levant. Il y avait aussi du baba ghanouj et du moutabbal, deux mezzés autour de l’aubergine grillée, avec des nuances selon les recettes : plus fumé, plus crémeux, plus citronné, plus ou moins marqué par la tahina ou le yaourt.
Les feuilles de vigne farcies, proches de ce que nous appelons souvent yalanji, ont aussi trouvé leur place sur la table. C’est un plat qui paraît discret, mais qui raconte beaucoup : le riz, les herbes, le citron, l’huile d’olive, et surtout le temps passé à rouler chaque feuille. Ceux qui ont déjà essayé savent que la feuille de vigne n’est pas toujours très coopérative.
Et bien sûr, il y avait des falafels maison, croustillants à l’extérieur, fondants à l’intérieur, préparés autour du pois chiche, des herbes et des épices. Le falafel est souvent un très bon terrain d’entente : végétarien, populaire, facile à aimer, beaucoup moins facile à réussir parfaitement.
Pour comprendre l’esprit de cette première partie du repas, le mieux est peut-être de revenir à notre billet sur les mezzés et le partage. Les mezzés ne sont pas seulement des entrées. Ils sont une manière de créer une table commune.
Deux plats principaux pour deux envies
Après les mezzés, les participants avaient le choix entre deux plats principaux.
Pour l’option végétarienne, nous avions préparé une moussaka syrienne, à base d’aubergines, de tomate et de légumes. Rien à voir avec la moussaka grecque à la béchamel que beaucoup connaissent en France. Ici, on est plutôt dans un plat mijoté, végétal, fondant, généreux, qui se sert très bien avec du boulgour.
Pour l’option carnée, nous avions proposé du Daoud Basha : des boulettes de bœuf en sauce tomate, oignons émincés et mélasse de grenade. C’est un plat familial, chaud, rassurant, avec une sauce qui appelle clairement un accompagnement. Le genre de plat où le boulgour et le pain comprennent tout de suite leur mission.
Les plats étaient accompagnés de boulgour et de frites à partager. Oui, des frites. Parce que même dans un banquet levantin, il faut savoir parler aux lycéens dans une langue universelle.
L’idée n’était pas seulement de nourrir le groupe, mais de montrer différentes facettes de la table : les mezzés froids, les bouchées végétariennes, les plats mijotés, les saveurs d’aubergine, de tomate, de citron, de pois chiche, de tahina, de mélasse de grenade, et cette manière de construire un repas autour du partage.
La cuisine comme prolongement de la transmission
Ce moment avait aussi une résonance personnelle pour nous.
L’année précédente, Chamsy Sarkis était déjà intervenu au lycée Émiland Gauthey pour plusieurs conférences autour du journalisme, puis pour une présentation sur le rôle des journalistes citoyens pendant la guerre en Syrie.
Cette fois, la transmission passait par un autre chemin. Moins de micro, plus de plats. Moins de PowerPoint, plus de hummus. Mais au fond, la question reste proche : comment raconter une région, une histoire, une culture, sans la réduire à quelques images ?
Le journalisme raconte avec des mots, des faits, des témoignages. La cuisine raconte autrement. Elle ne donne pas toutes les réponses, mais elle ouvre une porte. Elle permet de dire : derrière un plat, il y a des familles, des villes, des souvenirs, des gestes, des voyages, parfois des exils, parfois des fêtes, parfois des douleurs, et souvent beaucoup de patience.
Pour des élèves, c’est une manière très concrète d’approcher une culture. On peut lire un texte sur le Moyen-Orient. On peut écouter une visioconférence avec Bethléem. Et puis on peut goûter un mezzé, demander ce qu’est la tahina, découvrir la mélasse de grenade, comprendre qu’une feuille de vigne farcie demande du temps. Ce ne sont pas les mêmes apprentissages, mais ils peuvent se répondre.
Un moment local, une ouverture plus large
Nous sommes un restaurant familial situé à Chalon-sur-Saône. Notre quotidien, ce sont les repas du midi, les dîners, les commandes à emporter, les clients qui découvrent, ceux qui reviennent, ceux qui posent des questions, ceux qui savent déjà exactement ce qu’ils veulent.
Mais ce type d’événement rappelle que le restaurant peut aussi être un lieu de rencontre. Un lieu où une classe vient prolonger un projet pédagogique. Un lieu où l’on parle de Palestine, de Syrie, du Liban, de Bethléem, de Chalon-sur-Saône, d’éducation, de solidarité, sans transformer le repas en discours lourd.
Ce jour-là, la table avait une fonction simple : rassembler. Les élèves, les accompagnateurs, les membres de l’AFPS71, le lycée, la Région, le dispositif Tandems Solidaires, et notre restaurant. Chacun avec son rôle. Le nôtre était de cuisiner, de recevoir et de faire découvrir une partie de notre univers.
Nous remercions le lycée Émiland Gauthey, les élèves, les professeurs, l’AFPS71, la Région Bourgogne-Franche-Comté et le dispositif Tandems Solidaires pour leur confiance.
Organiser un repas de groupe chez L’Orient des Délices
Ce banquet a aussi montré ce que nous aimons proposer pour les groupes : une table généreuse, construite selon le contexte, les envies et les contraintes.
Selon la date, le nombre de personnes et l’organisation, nous pouvons imaginer :
- un assortiment de mezzés froids et chauds ;
- une table végétarienne autour de plats comme la moussaka syrienne ;
- un plat mijoté comme le Daoud Basha ;
- des accompagnements à partager ;
- un repas sur place au restaurant ;
- une commande pour un groupe ;
- une formule adaptée à un événement, dans la limite de ce que nous pouvons préparer correctement.
Pour ce type de demande, le plus simple est de nous contacter à l’avance. Une table de groupe réussie se prépare mieux quand elle ne tombe pas du ciel la veille.
Vous pouvez aussi consulter notre menu syrien et libanais pour découvrir les mezzés, grillades, plats mijotés, sandwichs et formules disponibles au restaurant.
Conclusion
Cette rencontre avec les élèves du lycée Émiland Gauthey restera pour nous un beau souvenir. Elle a réuni plusieurs choses qui nous tiennent à cœur : la jeunesse, la transmission, la culture, la cuisine maison, la Syrie, le Liban, la Palestine, et cette conviction simple qu’un repas peut parfois ouvrir une discussion plus facilement qu’un long discours.
Chez L’Orient des Délices, nous aimons dire que la cuisine levantine se partage. Ce jour-là, elle s’est aussi racontée.